Malo Kerebel

Étudiant en physique

Le pré parfait

Aujourd'hui, j'ai découvert le pré. Ce pré est vraiment parfait, il est aussi grand que verdoyant et aussi paisible qu'amical. En effet, je ne suis pas seule dans ce pré, j'y ai aussi trouvé des amies. Mais une en particulier, elle s'appelle Marguerite, on passe beaucoup de temps ensemble à jouer dans le pré, on gambade ensemble, je me sens vraiment mieux quand je suis avec elle.

Cela fait maintenant un an que nous sommes dans le pré, on s'y sent toujours aussi bien avec Marguerite. Je ne l'avais pas dit mais tous les jours un humain vient nous voir, il nous fait des câlins, c'est vraiment agréable, je suis toujours contente de voir un humain.

Quelques années ont passé maintenant, on est en hiver mais l'humain a eu l'intelligence de nous faire une étable pour nous abriter, et cette étable est vraiment parfaite, elle est équipée de tout ce dont on pourrait rêver et plus encore, évidemment il y a de la nourriture de qualité, il y a aussi de quoi nettoyer automatiquement, il y a du chauffage en hiver et des vaporisateur d'eau en été, et encore mieux, il y a une machine à massage automatique, on y va tous les soirs chacun son tour avec Marguerite, qu'est-ce que c'est agréable.

Mais ce matin tout semble un peu bizarre, ça n'a pas l'air d'être un jour normal. Aujourd'hui je n'ai pas pu aller dans le pré, on a toutes été placées dans un gros camion, je ne comprends pas trop ce qu'il se passe, mais je suis toujours avec Marguerite donc ça me rassure. Le camion s'est arrêté. On sort une à une. Je me retrouve derrière Marguerite, on arrive dans un couloir, tout est blanc, tandis que j'avance d'un pas un humain, lui aussi en blanc, referme une porte derrière moi. Le couloir est trop étroit pour que je me retourne, je ne peux donc que regarder devant moi, je ne vois plus que Marguerite. Un humain fait avancer Marguerite à travers une porte batante qui ne descend pas jusqu'au sol, je me retrouve seule, perdue, je n'ai plus rien sur quoi m'accrocher. Un peu de temps passe et j'entends un bruit sourd devant moi puis un corps qui s'effondre, je ne comprends pas, je me penche pour observer sous la porte par laquelle Marguerite est passée. Marguerite est morte, son cadavre gît devant moi, du rouge coule de son crâne, et les humains ne réagissent pas, tout paraît normal pour eux, moi qui avait toujours eu confiance en eux. Je ne sais alors plus quoi faire, mais je comprend une chose, si je ne fais rien je subirais le même sort, je fais alors tout mon possible. Je meugle le plus fort possible pour attirer l'attention, aucun résultat. J'essaie de me retourner, mais le couloir est beaucoup trop étroit. Je meugle à nouveau, personne ne vient m'aider. J'essaie de me mettre sur mes pattes arrières pour me retourner mais rien n'y fait, mon anatomie ne me le permet tout simplement pas. Je meugle une dernière fois, le cri du désespoir, un humain arrive enfin. Mais il ne vient pas pour m'aider à fuir, il me force à avancer, je passe la porte batante, le cadavre de Marguerite a disparu, même son sang a été nettoyé. Je continue de remuer la tête, de meugler par peur, mais l'humain ne fait qu'approcher un canon de ma tête, et le même bruit sourd retentit...

Je vous parle maintenant d'outre-tombe. Tous mes rêves tombent à l'eau, je voulais comme tous les jours jouer avec Marguerite. Je voulais profiter de la machine à massage. Je voulais faire un câlin à l'humain qui vient nous voir, mais maintenant, puis-je vraiment faire confiance aux humains ?